"On s'attaque à tout un système, pas seulement à Ajoie" : le HC Viège est prêt pour le barrage
Le titre de champion de Swiss League en poche, le HC Viège se prépare à relever un ultime défi. Dès mardi, le club haut-valaisan défie Ajoie en barrage. Outsider de cette série, il compte bien jouer sa chance à fond même si tout semble favoriser son adversaire.

Plus d'un demi-siècle plus tard, le HC Viège peut espérer retrouver l'élite du hockey suisse. Sacré champion de 2ème division pour la quatrième fois de son histoire, il s'apprête à défier Ajoie. Enjeu de cette confrontation : le 14ème ticket pour évoluer en National League la saison prochaine. À l'aube de l'acte 1 prévu mardi soir (20h00) à Porrentruy, le directeur général du club haut-valaisan Sébastien Pico était l'invité de notre émission Zone Mixte. Interview.
Sébastien Pico, avez-vous récupéré des émotions vécues dans la nuit de mardi à mercredi?
Oui, je l'ai fait très vite. Le lendemain de ce dernier match à Bâle, j'étais déjà au bureau à 7h30. Avant ça, j'ai dû dormir deux heures. J'ai fait le taxi pour mon président (ndlr : Stefan Volken) et d'autres membres du Conseil d'administration. Nous sommes partis de Bâle à minuit et à 4h00, j'étais dans mon lit.
Ce titre de champion, c'est une revanche sur les critiques récoltées ces dernières saisons, lorsque les résultats ne correspondaient pas aux ambitions du club?
Non, je ne le vois pas comme ça. D'ailleurs, je suis assez réaliste aussi bien sur les moments qui ont été plus difficiles que sur ce que l'on vit maintenant. Il ne faut ni s'apitoyer sur son sort quand ça va mal, ni se voir plus beau que ce que l'on est lorsque ça va mieux.
Si l'on vous dit que ce titre tombe l'année où on s'y attendait le mois, vous partagez le constat?
Pas forcément. À l'interne, nous avons mis en place certaines choses depuis deux ans. Nous avons changé notre fusil d'épaule en nous investissant dans un projet axé sur la continuité. Nous en récoltons les fruits aujourd'hui.
Éliminer Sierre en quarts de finale, c'est ce qui vous a donné l'impulsion pour hausser votre niveau d'un cran en playoffs?
Peut-être, mais nous avions déjà une certaine confiance avant de débuter cette série. Nous avions perdu notre dernier affrontement en saison régulière (ndlr : défaite 3-2 à Graben le 25 janvier), mais nous avions été bien meilleurs qu'eux sur l'ensemble du match. Malgré la défaite, cette rencontre nous a donné des certitudes. Ensuite, nous avons avancé dans ces playoffs avec respect et humilité, des valeurs qui nous accompagnent encore aujourd'hui.
D'un regard extérieur, on a l'impression que le HC Viège n'a jamais douté dans ces séries finales…
C'est vrai. Encore une fois, une grande confiance animait toute notre organisation. Même si dans les bureaux, nous étions un peu plus passifs durant ces playoffs puisque nous n'avons pas d'influence sur la glace, les joueurs nous ont transmis une sérénité impressionnante. Cela s'est ressenti durant les matches, même lorsque nous avons été menés au score.
Le facteur X de ce titre, c'est Heinz Elhers, votre entraîneur?
Disons qu'on savait ce qu'on allait chercher en l'engageant il y a deux ans. Ce n'est pas un gars qui vient pour un one shot. Ce n'est pas un magicien, c'est un travailleur. Il fallait lui laisser le temps de faire un vrai travail de fond avant de pouvoir prétendre à ce qui nous arrive maintenant.
On sait depuis la mi-janvier qu'il ne prolongera pas l'aventure au-delà de cette saison. Une déception au vu de ce que vous venez de vivre?
Non. La décision de nous séparer a été prise en commun. Heinz souhaite retourner chez lui, au Danemark et cela nous donne la possibilité de continuer notre évolution, peut-être dans d'autres domaines. Se quitter quand ça se passe bien est plutôt sympa. Notre relation était déjà très bonne, mais elle a été encore renforcée par ce titre. Et notre aventure commune n'est pas encore totalement terminée…
Justement, ça nous amène à cette dernière série qui vous attend : le barrage contre Ajoie. Comment l'abordez-vous?
Avec ambition. En 2011 et 2014, années de nos deux derniers titres, nous n'avions pas l'infrastructure et nous n'avions que moyennement la structure et les finances pour prétendre monter dans l'élite. Même sportivement, certains joueurs arrivaient en fin de carrière et n'avaient pas forcément l'envie de briguer une place en Ligue A. Cette année, la donne est différente même si on sait qu'on aborde ce duel dans la peau de David contre Goliath.
Xavier Reber, avec lequel nous sommes récemment revenus sur votre titre de 2014, nous a dit qu'à l'époque, l'équipe avait abordé le barrage contre Bienne sans réelles ambitions. Vous sentez que l'état d'esprit est vraiment différent au sein du vestiaire actuel?
Absolument. Nous avons un groupe de discussion avec l'équipe et je me suis permis de mettre un message mercredi matin, alors que certains n'étaient pas encore rentrés chez eux depuis Bâle. Je leur ai rappelé que s'il fallait savourer ce titre pendant un ou deux jours, il fallait aussi mettre l'accent sur la récupération. Nous avons bloqué une centaine de shoots face à Bâle donc les hématomes étaient assez nombreux (rires). Après la fête et la régénération, nous avons à nouveau élevé le curseur ces trois derniers jours pour être prêts à affronter Ajoie.
Ajoie que tout semble être fait pour protéger avant ce barrage…
C'est vrai. Ils utilisent en tout cas toutes les ficelles du règlement. Nous sommes le petit et on s'attaque à tout un système, pas seulement au HC Ajoie. Je pense d'ailleurs que toute la Suisse du hockey est derrière nous. Ce n'est pas forcément par sympathie, même si notre jeu force le respect, mais surtout pour protester contre ce système ultra-protecteur pour le club de National League.
On peut même remettre en doute l'équité sportive de ce duel en voyant Ajoie continuer à se renforcer avec deux joueurs de Bâle qui vous affrontaient encore il y a une semaine en finale des playoffs…
C'est un élément parmi d'autres. La dimension économique, le nombre d'étrangers au sein de nos effectifs, le fait qu'ils débutent chez eux, la liste de points qui favorisent Ajoie est indéfinie.
Indépendamment de l'issue de celui-ci, ce barrage vous garantit de disputer au moins deux matches supplémentaires chez vous, dans une Lonza Arena qui fait enfin le plein. Qu'est-ce que ça vous inspire?
Disons que c'est pour vivre ce genre de moments que l'on a construit une patinoire de cette dimension. Elle répond parfaitement aux besoins du Haut-Valais et de ses 85'000 habitants. Voir les tribunes si bien garnies fait chaud au cœur à tout le monde au sein du club.
Un mot sur l'avenir Sébastien Pico. On imagine que vous préparez déjà la saison prochaine en élaborant deux scénarios distincts, dont celui d'une éventuelle accession à l'élite…
Évidemment. Si l'on monte, il y aura toute une question économique à gérer. Pour tenir en National League, nous miserions sur un budget de douze millions, soit le double de celui qu'on avait au moment de débuter les playoffs. Deux millions proviendraient de la ligue, mais il faudrait encore aller en chercher quatre. Certains seraient trouvés assez facilement par l'apport de la gastronomie et de la billetterie, mais il resterait un bon million à obtenir en allant taper à la porte de nos sponsors. Nous avons également tout l'aspect sportif à prévoir. Daniele Marghitola (ndlr : le directeur sportif) a rencontré tous les joueurs ce week-end pour s'assurer que tout le monde est au clair et a la tête à 100% sur cette bataille qui nous attend.
L'issue de ce barrage peut-il déterminer l'identité du successeur d'Heinz Elhers derrière la bande?
Pas fondamentalement. Nous avons un projet sportif qui est essentiel et que nous souhaitons poursuivre, peu importe que ce soit en Swiss League ou en National League. Quoi qu'il en soit, rien n'est signé à l'heure actuelle avec notre futur entraîneur.
Le HC Viège a annoncé en fin de semaine dernière sa volonté d'augmenter son capital-actions. Une étape cruciale pour poursuivre votre développement?
Oui. Par ailleurs, cela nous a permis de nous rendre compte de l'effervescence qui entoure le club puisqu'un tiers des actions ont été vendues hors du Valais.
Y compris au Jura?
Malheureusement pas (rires)…
Quid d'une collaboration valaisanne en cas de promotion. En tant que pensionnaire de l'élite, vous auriez la possibilité d'imposer vos conditions à Sierre et aux autres clubs du canton…
Vous savez, on prend les choses étape après étape. Il y a en tout cas autant de chances que l'on soit toujours en Swiss League la saison prochaine. Sierre aura alors une grande envie de nous battre. Nous restons donc très humbles dans ce qui nous arrive. Si vraiment nous devions aller au bout et battre Ajoie, ce que nous désirons au plus profond de nous, nous prendrons alors en considération cette question.
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