Le HC Sierre est en vacances, pas Chris McSorley : "Je n'abandonnerai pas"
Déception ? Oui. Échec, pas vraiment. Rencontré cette semaine, Chris McSorley revient longuement sur l’exercice 2024/2025 du HC Sierre, qui s’est terminé en quarts de finale des playoffs. Il aborde quelques thématiques brûlantes et quelques dossiers au long cours.

Le christianisme a sa trinité. Chris McSorley aussi. Pour le Canadien, responsable des dossiers sportifs du HC Sierre et également actif dans le projet de nouvelle patinoire, tout reste lié. Académie, National League, Valais Arena. Sans nouvelle patinoire, pas de place suffisante pour la relève et pas de promotion envisageable. Sans académie, pas de réservoir pour l’élite. Sans National League, impossible de garder les talents et de générer les revenus nécessaires pour les activités de formation et le train de vie en première division. Les trois piliers sont indissociables. Et Chris McSorley défend chaque décision, sportive ou entrepreneuriale, nécessaire selon lui pour arriver aux buts fixés. Interview.
Chris McSorley, à quel point avez-vous été ou êtes-vous toujours déçu de cette élimination en quarts de finale ?
Je suis évidemment déçu d’avoir manqué les demi-finales, ce qui était notre objectif. Il ne faut cependant pas oublier les circonstances atténuantes, comme la perte de notre renfort Samuel Houde sur blessure. Je suis désolé et déçu pour les gens qui en attendaient davantage. C’est la loi du sport. Nous avons été battus par une équipe bien organisée. Nous allons nous remettre au travail pour monter le curseur, pour être meilleurs la saison prochaine.
En décembre, le Top 4 était sur les rails et le Conseil général a validé le projet de la Valais Arena. Quelques mois plus tard, le HC Sierre est en vacances et un référendum est en attente. Est-ce que l’atmosphère générale a changé ? Est-ce qu’on peut parler d’un échec ?
Au club, nous ne voyons pas les choses de cette manière. Nous avons terminé la saison avec vingt-et-une victoires, bien plus que l’année passée. Avec plus de points aussi et avec davantage de buts marqués. Ce sont autant d’aspects positifs sur le plan statistique, qui confirment une amélioration. Pour ce qui est du projet de patinoire, nous savions que les oppositions étaient présentes. Elles sont inhérentes à tous les dossiers de cette envergure. On s’y était préparé, donc rien de nouveau. Nous avons manqué le Top 4 pour deux points. L’objectif sportif a été manqué, certes, mais ce n’est pas un échec. Surtout, nous restons très enthousiastes sur tous les aspects, tant pour la Valais Arena que pour la conduite générale du club.
C’était le sens de la question. L’enthousiasme n’a pas changé de votre côté ?
Non, l’enthousiasme reste très élevé. À l’interne, nous continuerons de travailler pour être meilleurs. C’est le but, c’est la mission que nous nous sommes donnés. Avec le président Alain Bonnet, avec les autres membres du conseil d’administration, nous sommes déterminés pour poursuivre sur la route de la National League.
Revenons à cet exercice 2024/2025. Est-ce que vous regrettez certaines décisions ? Est-ce que des choses auraient pu être faites différemment ?
Selon moi, il faut toujours avoir le courage de prendre des décisions. Les gens qui me connaissent, savent que je n’ai pas peur de les prendre. Ils savent aussi que j’ai cette capacité de reconnaitre les erreurs et de les réparer au plus vite. C’est dans ma nature, je préfère prendre des risques pour atteindre l’excellence plutôt de que de me complaire dans la médiocrité. Tout ce qui a été fait représente un pas dans la bonne direction. Je sais, j’entends, je perçois les attentes, qui sont très élevées. Il ne faut pas oublier que nous avons un budget de "milieu de classe". Il s’agit, à ce stade, de ne pas tout risquer sur le plan financier. Mais quand le feu vert définitif pour la Valais Arena tombera, notre situation évoluera de manière instantanée.
Cela veut aussi dire que vous assumez toutes vos décisions concernant le recrutement ou le changement de coach ?
On se demande toujours si on a pris les bonnes décisions. Mais il faut aussi savoir faire confiance. Toutes les décisions ont été prises de manière collective et concertée, même si j’en assume la responsabilité. De mon point de vue, tout ce qui a été décidé était nécessaire. L’objectif étant de rapprocher le public de son équipe, de faire que les fans soient fiers de leurs joueurs et contents de venir à la patinoire pour voir un beau spectacle. Les matches de play-off, à guichets fermés, ont représenté un bel aperçu de cela. On voit que les gens vibrent pour le hockey dans cette région et je suis très fier de faire partie de cette organisation.
On dit souvent qu’on peut acheter ou recruter des joueurs, mais qu’on ne peut pas acheter le succès. Qu’est-ce qui n’a pas marché au fond ?
Pas mal de choses durant la saison. Prenons l’exemple de Josh Lawrence pour qui nous avions de grands espoirs. Nous avons dû nous rendre à l’évidence qu’il ne collait pas avec le reste du groupe ou avec les systèmes qui étaient prévus sur la glace. C’est malheureux mais nous l’avons remplacé avec Samuel Houde, qui correspondait parfaitement à ce que nous cherchions. Le changement de coach était difficile également. Mettez-vous à ma place, et je sais de quoi je parle, c’est une position délicate à assumer. Mais c’est souvent le coach qui paie le prix, même si c’est injuste. Mais je le répète, comme toutes les décisions prises au long de la saison, celle-ci était nécessaire.
Et du coup, puisqu’elle n’est pas qualifiée d’échec, qu’est-ce qui va rester de cette saison 2024/2025 selon vous ?
Je pense que certaines phases ont été brillantes. Par moments, l’équipe a présenté une belle symphonie, des instants de grâce dans l’application du jeu collectif. En tout cas, un beau potentiel. Les autres succès de cette saison sont à chercher en coulisses, dans tout ce que le grand public ne voit pas. Tout le travail qui a été accompli par tout le club et le conseil d’administration sur tous les fronts. On a posé les bases, les fondations pour l’avenir du mouvement juniors et des différentes collaborations. C’est la clé de tout le projet. On aurait pu dépenser des milliers de francs pour avoir une saison éclatante. Cela aurait été une perte de temps et d’argent. Ce que nous construisons est beaucoup plus solide pour l’avenir du hockey valaisan et pour l’avenir du HC Sierre.
Donc, un vrai pas en avant selon vous, malgré cette sortie prématurée en play-off ?
Les résultats viendront. Quand je parle avec des supporters de longue date, voilà ce qui ressort : ils souhaitent voir des joueurs du coin, auxquels ils peuvent s’identifier, mais ils aimeraient aussi une équipe forte qui obtient des résultats. Pour y parvenir, on ne peut pas construire la maison à l’envers. Le développement des juniors, de la formation, représente la base. Le problème actuellement, à Sierre, à Viège ou dans tout le Valais, est connu. Les talents s’exportent à Lausanne, Fribourg ou Berne parce il n’y a pas de vraie académie pour les former et les retenir. C’est la préoccupation numéro 1. Valais Arena, National League, académie, tout est lié. Tout est mis en œuvre pour pouvoir conserver ou rapatrier les meilleurs éléments. Et si possible pour les voir évoluer au plus haut niveau en Rouge et Jaune.
Ça veut dire que vous être vraiment très occupé. À quoi faut-il s’attendre ? Beaucoup de nouveaux joueurs ? Un nouveau coach ? Des objectifs encore plus élevés ?
Nous n’avons pas encore signé le nouveau coach. Mais nos objectifs vont évidemment monter d’un cran. Nous voulons améliorer l’équipe, en regardant absolument toutes les opportunités qui se présentent. Nous travaillons sur la qualité de l’effectif, tant sur les nouvelles recrues, que sur l’amélioration du potentiel des joueurs déjà présents. Je l’ai dit, certains matches étaient déjà d’un très bon niveau mais l’équipe a également connu certaines absences. Il s’agira de gagner en régularité et en consistance.
Question paradoxale. Est-ce un avantage d’être déjà éliminé à ce stade de la saison, puisque cela vous donne plus de temps pour préparer la suite ?
Oui, on peut le dire. Je passe beaucoup de temps sur la route pour observer des joueurs et regarder des tas de matches. Je m’attache à créer ou récréer un réseau, des relations, des partenariats avec des formations de National League. C’est un projet au long cours, mené en parallèle avec le dossier de la patinoire. Il faut faire confiance au processus.
Alain Bonnet nous disait que vous deviez encore vous faire à la réalité de la Swiss League. Qu’avez-vous appris de ce championnat ?
C’est une ligue où la dynamique est très importante. Où il faut vraiment pouvoir compter sur deux joueurs étrangers performants et qui s’entendent. Une ligue où il faut pouvoir miser sur de jeunes joueurs du cru, en gardant un certain équilibre. D’un point de vue sportif, je trouve cela très excitant. Même plus que la National League. Il y a davantage de chances de marquer, peut-être davantage de largesses défensives. Pour les fans de hockey, et pas seulement, c’est très attractif.
Et que pensez-vous du manque de soutien, voire d’intérêt, des clubs de National League envers la Swiss League ?
C’est un travail en cours. Je sais que beaucoup de gens s’activent en coulisses pour renforcer les liens. Cependant, la National League a son propre business plan. Je ne peux pas affirmer que ce qu’ils font soit faux. Simplement, ils font leur chemin de leur côté. Ce qui oblige les équipes de Swiss League à être encore plus indépendantes et à se montrer encore plus créatives et appliquées dans la quête de leur propre modèle financier.
La nomination d’un "Monsieur Swiss League" est évoquée. Quel serait son profil idéal et est-ce que vous avez votre mot à dire ?
Le profil ? Je suis certain que nous trouverons la bonne personne. Il y a de très bons candidats. Je vois par ailleurs beaucoup de compétences dans tous les clubs de Swiss League, au niveau des présidents. Je pense à Alain Bonnet chez nous qui s’investit sans compter. Les présidents sauront choisir le bon capitaine pour ce bateau. Si j’ai mon mot à dire ? Absolument. Toutes les décisions que nous prenons sont âprement discutées et en général unanimes.
Certains critiquent aussi le modèle, avec 14 clubs en National League et 10 en Swiss League. Qu’en pensez-vous ?
Notre job, c’est de garantir que le HC Sierre trace sa route en direction de la National League. En voyant la chose sous cet angle, on pourra alors se dire qu’on sera parmi les 14 et que les problèmes en dessous, seront les problèmes de quelqu’un d’autre. Notre destin, c’est la National League.
On évoquait le référendum qui plane sur le projet de Valais Arena en début d’entretien. Vous allez continuer de vous battre sur le terrain ?
Nous respectons toutes les décisions. On pensait pouvoir avancer plus rapidement. Personnellement, certains arguments farfelus des opposants m’attristent. Je ne peux que me fier à ce que je vois, à ce que j’ai accompagné dans tout le processus. Le travail a été sérieux, de la part de toutes les parties impliquées : la ville, les autorités politiques, les investisseurs, les consultants. C’est un projet très détaillé, qui va changer la vie des gens. J’entends encore souvent parler des époques glorieuses, des Jacques Lemaire ou Normand Dubé. Nous allons travailler chaque jour pour ouvrir une nouvelle ère. Et pour avoir les nouvelles stars de demain en National League. Le nouveau Jacques Lemaire.
Est-ce que vous avez le temps d’attendre, Chris McSorley ?
Est-ce que votre patience sera suffisante pour arriver jusqu’à cette nouvelle ère ?Je suis engagé. Quand je dis que je fais quelque-chose, je n’abandonne pas. Et je n’abandonnerai pas. Ma famille s’est engagée, les partenaires sont à fond derrière le projet. C’est gratifiant de voir tous les efforts qui sont fournis, par tout le monde, pour défendre ce projet et cette vision. Je leur tire un grand coup de chapeau et je suis très fier de faire partie de cette aventure. Je me réjouis déjà d’assister à notre premier match de National League dans la Valais Arena, devant plus de 6'500 personnes. De voir le HC Sierre, qui représente toute une région, et qui s’impose 4-0 contre Genève-Servette.
Un dernier point, que va devenir la collaboration avec le HCV Martigny ? Puisque son avenir en MyHockey League n’est pas garanti.
C’est une excellente question. Cette collaboration est, de mon point de vue, à mettre dans la case des réussites de cette saison. Un exemple, parmi d’autres, est celui de Sacha Berthoud. Un joueur qui n’était à priori pas destiné à s’imposer en Swiss League. Il a commencé sa saison à Martigny. Il a utilisé cette opportunité pour se développer, pour gagner de la confiance. Nous sommes fiers de l’avoir rapatrié et de l’avoir prolongé. Il sera, j’en suis sûr, l’un des piliers de la défense du HC Sierre dans le futur. Cet exemple, renforce notre conviction dans le bien-fondé de cette collaboration. Nous espérons pouvoir collaborer encore pendant de nombreuses années et travailler de concert avec Patrick Polli, François Pellisser et tous les dirigeants du HCV Martigny.
Et si Martigny tombe, est-ce que cela aurait encore du sens ?
Martigny ne va pas tomber. C’est ma conviction, mon scoop du jour. Je crois fortement que le HCV Martigny va rester en MyHockey League. Nous sommes tous dans le même bateau. Nous avons tous la même mission, celle de promouvoir le hockey valaisan. Cette saison, ça a bien marché, et j’espère que ça va se poursuivre pour de très nombreuses années.
Les articles les plus lus
Le HC Viège rejoint dans le barrage : "Ajoie continue d'user de tous les moyens pour se sauver"

Grave accident au Mont-Fort
Barrage NL/SL: Ajoie gagne à Viège et égalise à 1-1
