Valais : un Afghan jugé pour avoir empêché sa femme de s'intégrer en Suisse
Il souhaitait que sa femme ne travaille pas, n'apprenne pas le français et s'habille de manière à cacher sa peau. Un Afghan comparaissait ce mercredi devant le Tribunal cantonal pour avoir empêché sa femme de s'intégrer en Suisse.

En toile de fond de cette affaire : l'émancipation d'une jeune femme afghane en Suisse. Son mari – lui aussi Afghan – a tout fait pour que son épouse vive selon les préceptes de l'islam radical. Quitte à lui faire vivre un enfer. Le prévenu – âgé de 45 ans – comparaissait ce mercredi devant le Tribunal cantonal valaisan. Il était poursuivi pour menaces, contraintes, tentative de contraintes, lésions corporelles simples qualifiées, lésions corporelles graves et contraintes sexuelles. En première instance, devant le Tribunal d'arrondissement de Martigny, l'homme a écopé de six ans de privation de liberté et dix ans d'expulsion. Il a fait appel de sa condamnation.
Le prévenu a marié en 2005 au Pakistan une jeune femme de 14 ans, sans l'avoir rencontrée avant leur union. Un mariage forcé. Après l'Iran, la Turquie et la Grèce, les époux et leurs deux enfants arrivent en 2013 en Suisse. D'abord dans le canton de Vaud, puis en Valais dans différents foyers.
L'homme souhaite alors que sa femme ne travaille pas, n'apprenne pas le français, ne rencontre pas d'autres hommes et s'habille de manière à cacher sa peau. Elle subit aussi des coups, deux à trois fois par semaine. Si les marques sont trop importantes, il lui interdit de sortir. À deux reprises, en Iran et en Suisse, le prévenu place un couteau sous la gorge de sa femme, la menace de mort ou de la renvoyer en Afghanistan, lui faisant craindre le pire. Dès 2014, le prévenu entretient aussi des rapports sexuels anaux non consentis, à raison d'une à deux fois par semaine. Le prévenu lui aurait dit qu'il avait tous les droits sur elle. Les enfants ont également subi des violences.
En filigrane de cette affaire : la religion et l'islam radical. L'homme est un ancien membre des Talibans en Afghanistan. "Il faut faire la part des choses entre les agissements du prévenu, parce que c'est ça que l'on juge aujourd'hui, et cette culture dans laquelle ils ont vécu tous les deux", explique la procureure Angélique Duay. "En toile de fond, il y a cette culture, la religion, mais c'est surtout la vision archaïque du prévenu sur cette culture et cette religion, qu'il a utilisé comme outil d'oppression contre sa famille", ajoute-t-elle.
Le prévenu nie presque tout en bloc
Le prévenu ne parle pas français malgré plus de dix ans en Suisse. Le Tribunal cantonal a dû faire appel à une interprète. Interrogé par le juge, l'homme a pratiquement tout nié. "Je n'ai jamais maltraité ma femme. Ça ne fait pas partie de mon éducation", a-t-il avancé. Aux questions de savoir s'il donnait des ordres à sa femme, s'il s'opposait à ce qu'elle apprenne le français, à ce qu'elle rencontre d'autres hommes, il a répondu avec aplomb qu'il était "respectueux". "Elle faisait ce qu'elle voulait", affirme-t-il. Quant aux ecchymoses retrouvées sur le corps de son épouse, il répond qu'elle s'est jetée contre les murs. Pour lui, il n'a jamais été question de menace avec un couteau, ni de renvoi en Afghanistan.
Le Ministère public a soutenu la même thèse qu'en première instance. Selon la procureure Angélique Duay, la crédibilité des accusations est certaine. "Les faits sont précis et conformes", a-t-elle plaidé. "Il a commencé à frapper sa femme quand elle a commencé à s'émanciper", a-t-elle ajouté. Pour le parquet, la plaignante n'a jamais cherché à se venger de son époux dans ses déclarations. "Elle ne cherchait pas à le nuire, à l'accabler, mais juste à se libérer de son époux et libérer sa parole", a déclaré Angélique Duay.
Le prévenu a lui toujours cherché, durant la procédure, à repousser la faute sur son épouse. "Il dit tout et son contraire", a regretté la procureure. "Le prévenu est un manipulateur. Il s'en est pris à plus faible que lui, sa femme et ses enfants", a poursuivi la représentante du Ministère public. Même son de cloche auprès de l'avocat de la victime, Stéphane Coudray. "Il a fait endurer un calvaire à sa femme. Le prévenu a fait preuve de dénégation totale et systématique", a souligné l'avocat.
Pour la défense, le prévenu a au contraire admis certaines violences physiques et réfuté d'autres. "La plaignante a aggravé les faits", estime Richard-Xavier Posse, avocat de la défense.
La question du renvoi en Afghanistan
Le Ministère public et les parties plaignantes ont requis la même peine qu'en première instance. La sanction comprend un renvoi en Afghanistan pendant dix ans. "La question du renvoi se pose", a reconnu la procureure, en raison de la situation géopolitique sur place. Mais pour Angélique Duay, il n'y pas de raison de s'opposer à l'expulsion. "Le prévenu n'a fait aucun effort d'intégration. Il ne parle pas français et ne travaille pas", a-t-elle rappelé. De plus, il parle afghan pour se réintégrer dans son pays d'origine.
Pour l'avocat de la victime, Stéphane Coudray, l'homme n'a rien à craindre d'être renvoyé en Afghanistan, surtout depuis le retour au pouvoir des Talibans, dont il a été membre. "Si pour les femmes afghanes, c'est un enfer de vivre en Afghanistan, pour les hommes comme vous, c’est le paradis sur terre", a lancé en fin d'audience Stéphane Coudray.
Le verdict du Tribunal cantonal sera rendu ultérieurement.