Temple Solaire à Salvan : 25 ans après, un chalet de luxe sur les lieux du massacre
25 corps alignés dans des chalets de montagne, une secte mystérieuse, les médias du monde entier qui débarquent : la tuerie de l'Ordre du Temple Solaire (OTS), c'était il y a 25 ans.
25 corps alignés dans des chalets de montagne, une secte mystérieuse, les médias du monde entier qui débarquent : la tuerie de l'Ordre du Temple Solaire (OTS), c'était il y a 25 ans. Rhône FM est retourné sur place à Salvan.
Tout commence par une sonnerie, au beau milieu de la nuit. Nous sommes le 5 octobre 1994 à Salvan, dans la vallée du Trient. Le téléphone du président Pierre-Angel Piasenta retentit, il est 4 heures du matin. Des incendies se sont déclarés, dans plusieurs chalets, au petit hameau des Granges. Pompiers, police sont sur place. Déjà, on parle d'un drame sans précédent.
Des enfants morts dans leur sommeil, le pouce dans la bouche
Et aujourd'hui, 25 ans après, Pierre-Angel Piasenta n'arrive toujours pas à sortir l'image de sa mémoire. Celle d'une porte qui s'ouvre. « Et derrière cette porte, un choc. Il y avait des corps étendus, complétement brûlés. Il y avait des enfants, j’ai tout de suite pensé qu’ils avaient été drogués, parce que je les ai vus avec le pouce dans la bouche. Ils devaient dormir paisiblement lorsque tout est arrivé». Devant les autorités valaisannes cette nuit-là, on compte 25 corps, étendus sur le sol, sous des draps blancs. En apparence, c'est un suicide collectif, commis par une secte, l'Ordre du Temple Solaire (OTS). Une tuerie qui marque la fin de l’OTS: les restes des gourous Jo di Mambro et Luc Jouret seront retrouvés dans les décombres à Salvan.
Des centaines de journalistes débarquent
En Valais, le petit village connaît des semaines de folie. Des centaines de journalistes débarquent du jour au lendemain, TF1, CNN, BBC... il y a des hélicoptères dans le ciel, la police sur place, des curieux dans les champs, aux abords des maisons brûlées. Des années d’enquête. 25 ans après à Salvan, début octobre 2019, il est dur d'imaginer une telle effervescence. Car sur place, il ne reste rien. «Nous n’avons jamais posé de plaque, jamais rien de commémoratif», explique l’ancien président Pierre-Angel Piasenta... «Nous n’avons jamais été contacté par les familles des victimes. Je dois vous le dire, c’est passé un peu dans l’oubli chez nous».
«C’était insoutenable, une vision d’horreur»
C'est passé dans l'oubli. Pas de fleurs, pas de commémoration, personne n'en parle. Il faut dire qu’aucune victime n’est valaisanne. Alors oui, sur place, les années ont passé... Et les gens ont oublié. A tel point qu'aujourd'hui aux Granges, il est impossible de retrouver les lieux de la tuerie, les chalets ont été purement et simplement rasés. «C’était insoutenable, une vision d’horreur !» poursuit l'ancien président. «Ces deux chalets étaient des ruines, des ruines qui sont restées là durant des mois et des mois. J’ai tout fait pour obtenir l’autorisation de démolir ces maisons (...) Au final, la commune a réussi à racheter ce terrain pour quelques dizaines de milliers de francs».
Sur les cendres, un chalet de luxe
La suite ? Des années plus tard, un couple de Hollandais a racheté la parcelle. Sur les lieux de la tuerie, un magnifique chalet de luxe a poussé, proposé en location de vacances durant plusieurs années : «Les Granges sur Salvan. Trois étages et le plus grand luxe pour un séjour détendu. Quatre chambres à coucher, trois salles de bains, un vaste séjour avec cuisine américaine, idéal pour un moment romantique ou un espace de jeux pour vos enfants. Toutes les chambres sont luxueusement aménagées. Le chalet est pourvu d'une terrasse côté sud (...) Dans le jardin, vous pouvez descendre à notre WELLNESS, avec un sauna pour 4 personnes et un jacuzzi extérieur pour 6 personnes». Aucune mention d'un quelconque massacre. Selon l’ancien président de Salvan et les personnes rencontrées sur place, le chalet a été revendu. Il est aujourd’hui propriété d’un couple d’Américains, en résidence secondaire. Ci-dessous, découvrez notre reportage sur place.