Plainte pénale, coupe de subventions : l'UDC entend bien punir les auteurs d'un mot-croisé polémique
L'UDC sort l'artillerie lourde pour punir l'auteur d'une grille de mots-croisés jugée diffamante. Dans le "Nouvelliste" du 18 novembre, une œuvre signée Léo Thiakos définit le parti comme raciste et homophobe. Plainte pénale et postulat ont été déposés pour contre-attaquer.

Un mot-croisé débarque dans la sphère politique et judiciaire valaisanne. Attention, pas n'importe quel mot-croisé : celui paru le 18 novembre dans la rubrique culture du « Nouvelliste ». L'œuvre, signée par le graphiste Léo Thiakos dans le cadre d'un partenariat artistique, a créé la polémique dès sa publication. La faute à certaines définitions utilisées. Une en particulier : en trois lettres, parti politique suisse raciste, xénophobe, homophobe, anti-féministe, anti-écologiste, anti-pauvre, nationaliste. Réponse en bas de page : UDC.
Si d'autres partis, institutions et multinationales suisses en prennent pour leur grade, le premier parti politique du pays est celui qui a réclamé des excuses au quotidien valaisan. Celui-ci s'est exécuté, à deux reprises, reconnaissant avoir manqué de vigilance en laissant passer la publication. Publication qui a été supprimée de la version en ligne dans la foulée.
Pas de quoi apaiser l'UDC, qui crie à la diffamation, voire la calomnie. Le parti agrarien prend les armes aujourd'hui sur le plan politique et judiciaire, via une plainte pénale, doublé d'un postulat déposé au Grand Conseil.
"L'argent public ne doit pas servir à ce genre de projets"
La plainte pénale vise l'auteur lui-même et son curateur, Nicholas Marolf. Puisque ce casse-tête ludique se présente comme une œuvre artistique subversive et engagée, créée dans le cadre des 50 ans de l'association faitière des artistes valaisans Visarte.
Et le postulat vise justement cette dernière. Non contents d'envisager une punition ciblée, les députés signataires vont jusqu'à remettre en question les subventions versées par le Canton à Visarte.
« C'est elle qui touche les fonds publics qui servent entre autres à subventionner le travail de Léo Thiakos et nous estimons que ces fonds pourraient être utilisés à d'autres fins », argumente Alexandre Cipolla, député UDC. « L'art peut avoir une dimension politique, mais il se doit de rester dans la limite du raisonnable. Ici une ligne rouge a été franchie, il est temps de faire un exemple. »
L'auteur nie la diffamation
Contactés, l'artiste et son curateur sortaient tout juste ce mercredi d'une entrevue avec la police cantonale, où ils ont pris connaissance de la plainte déposée. Tous deux nient avoir fait preuve de diffamation.
« L’œuvre est certes polémique, mais en aucun cas diffamante », insiste Nicholas Marolf, curateur dans le cadre des 50 ans de Visarte Valais. « L'UDC a été condamnée pour racisme. Toutes les sources journalistiques utilisées pour rédiger cette définition ont été transmises à la police cantonale. Ce n'est pas de la diffamation que d'appeler un chat un chat, en se passant d'un discours bienpensant. »
Un postulat qui pourrait faire d'autres lésés
Diffamation ou non, l'appréciation sera laissée au juge chargé d'étudier le dossier. Reste qu'au-delà d'une condamnation pénale, le postulat de l'UDC pourrait se répercuter sur de nombreux artistes, qui se verraient privés de subventions. Et c'est ce que craint l'association Visarte. « Qu'une œuvre suscite le débat et provoque des réactions, c'est bénéfique », nous dit un membre du comité. « Mais si cela doit nuire à d'autres artistes, cela serait regrettable. »
« Le comportement de Léo Thiakos risque en effet de rejaillir sur l'ensemble de ses collègues », admet Alexandre Cipolla. « Mais c'est à celui qui agit d'en saisir les conséquences et d'en tirer les leçons. »