Reto Griesenhofer, nouveau chef alpin de Ski Valais: «C’est un grand challenge pour moi»
À 57 ans, Reto Griesenhofer occupe le rôle de chef alpin auprès de Ski Valais depuis le 1er juillet dernier. Le Tessinois livre son regard sur ses trois premiers mois dans sa nouvelle fonction et parle des défis auxquels il doit faire face.

Il a été athlète jusqu’en Coupe d’Europe avant de rapidement se tourner vers le rôle d’entraîneur. D’abord dans son Tessin natal puis du côté de Davos, au centre national de performance interrégional est. Intégré ensuite aux structures de Swiss Ski, il a (entre autres) œuvré sur le circuit de Coupe du Monde auprès des équipes masculines de descente, de combiné et de slalom. Lorsqu’il n’était pas sur les pistes, Reto Griesenhofer a également travaillé dans la menuiserie familiale de la région de Lugano avant d’assumer un rôle de consultant auprès de la RSI. Depuis le 1er juillet dernier, il a hérité d’une nouvelle casquette: celle de chef alpin chez Ski Valais. Interview d’un homme qui doit son nom à consonance germanophone à ses origines autrichiennes et son accent italien au canton qui l’a vu naître.
Reto Griesenhofer, qu’est-ce qui vous a conduit dans ce rôle de chef alpin chez Ski Valais?
Le fait de m’engager dans l’un des cantons qui a la plus grande culture ski en Suisse. C’est un grand challenge pour moi après de nombreuses années dans le costume d’entraîneur à différents niveaux. Ski Valais a décidé de revoir sa structure ces derniers mois et c’est Patrice Morisod, que je connais depuis longtemps, qui m’a contacté pour savoir si ce poste pouvait m’intéresser. J’ai tout de suite été ouvert à la discussion mais avant d’accepter, je voulais être certain que chacun y trouverait son compte. Je souhaitais pouvoir apporter quelque chose à cette Association, pas seulement venir pour gérer des choses déjà mises en place.
Votre mandat a débuté le 1er juillet. Dans un job «ordinaire», on pourrait dire que vous êtes arrivé à la fin de vos trois mois d’essai. Vous êtes toujours convaincu par votre choix?
Oui, absolument. Pour vous dire la vérité, je n’avais même pas réfléchi au fait que cela fait déjà trois mois. Je suis encore en pleine phase d’intégration. Je dois apprendre à connaître les personnes qui m’entourent. À Ski Valais, nous avons des entraîneurs expérimentés mais aussi de jeunes coachs qu’il faut accompagner. J’apprends aussi les réalités de ce canton dans lequel cohabitent plusieurs mentalités différentes. La géographie est particulière ici. Nous avons huit centres régionaux (CRP) répartis sur tout le territoire cantonal, tout le monde ne peut pas travailler de la même manière. Je ne vois pas ça comme une difficulté mais plutôt comme un défi excitant. Mon objectif est d’améliorer encore les choses qui sont déjà en place et d’implanter peu à peu mes idées.
Quelles sont justement vos idées? Que souhaitez-vous apporter à Ski Valais?
Je dois encore le définir clairement. Ce qui est clair, c’est que je ne suis pas venu ici pour tout révolutionner mais pour tenter d’améliorer certaines choses. Nous devons profiter de la mixité que nous avons au niveau des entraîneurs entre les Suisses, les étrangers, les plus anciens et les plus jeunes. Chacun doit pouvoir profiter des qualités de l’autre. Une seule personne ne peut pas être la meilleure partout, c’est un ensemble qui doit se tirer vers le haut. Si l’organisation, la structure de l’Association fonctionne bien, les premiers à en profiter seront les athlètes et c’est ma priorité. Le but doit être de pousser ces jeunes skieurs, de les mettre dans les meilleures conditions possibles pour qu’ils puissent faire le pas suivant dans leur carrière.
Avez-vous eu de mauvaises surprises depuis votre prise de fonction?
Non, je ne crois pas. Vous savez, je ne débarquais pas complètement dans l’inconnu. Cela fait quand même plus de trente ans que je travaille dans le milieu du ski. J’ai des connaissances dans chaque région du pays et le Valais en fait partie. Je savais donc plus ou moins où je mettais les pieds et je suis très content de ce que je découvre au quotidien. Je ressens la volonté de bien faire qui anime tout le monde. Nous avons une très bonne relation avec notre directrice (ndlr: Marine Héritier) et nous avons la chance d’être soutenus par nos sponsors. On peut évidemment toujours faire mieux mais la base que j’ai trouvé en arrivant ici me convient parfaitement.
Reste que vous l’avez dit, vous débarquez dans un canton divisé en deux régions linguistiques et qui regorge de mentalités différentes…
C’est vrai mais à titre personnel, je suis un type assez ouvert. J’ai un gros côté latin mais je n’ai aucune peine non plus à travailler avec des germanophones. Je ne peux évidemment pas changer les manières de penser des gens mais je pense pouvoir les faire collaborer tous ensemble. Les jours que j’ai passé sur les pistes ces dernières semaines et les camps d’entraînement auxquels j’ai participé m’ont conforté dans cette vision. J’ai vu des échanges se faire entre athlètes et coachs des différentes régions du canton. Je suis persuadé que tant dans le Haut-Valais que dans le Valais romand, une volonté d'oeuvrer ensemble existe. Nous ne devons pas travailler chacun pour soi. Nous devons tous travailler pour Ski Valais, pour aider les athlètes à se développer et faire en sorte qu’ils soient prêts à faire le saut en NLZ Ouest (ndlr: le centre national de performance à Brigue) puis dans les structures de Swiss Ski.
À ce titre et si l’on schématise, Ski Valais est à la base de la pyramide pour un skieur de notre canton avant les paliers suivants que sont le NLZ et Swiss Ski. Quelles relations entretenez-vous avec ces deux entités?
Elles sont bonnes. J’ai notamment déjà eu plusieurs séances avec les représentants du NLZ et c’est quelque chose d’important. Nous avons un grand vivier de skieurs qu’il s’agit de faire progresser pour qu’ils soient sélectionnés par le NLZ. Nous devons également optimiser notre Team FIS qui permet aux athlètes qui ont besoin de plus de temps pour se développer de le faire. Nous avons vraiment à cœur de permettre à ces skieurs d’avoir une chance d’entretenir leur rêve d’atteindre le plus haut niveau même s’ils ne sont pas aptes à faire le premier saut dès l’âge de 16 ans.
Depuis quelques années, il est devenu impossible de parler de ski alpin sans évoquer la question du réchauffement climatique. Comment percevez-vous cette problématique?
Puisque nous ne pouvons pas tellement l’influencer, nous devons chercher à nous adapter du mieux possible. Nous avons quand même la chance de disposer à Zermatt et Saas-Fee de glaciers qui restent en bon état. Certains de nos huit CRP en profitent même durant l’été pour s’entraîner sur la neige. Ceux qui sont un peu plus loin de cette vallée emploient d’autres méthodes. Je pense au ski sur tapis roulant ou sur des pistes synthétiques. Pratiquer d’autres sports durant les mois les plus chauds est également une alternative valable. Sur le plan physique, les efforts consentis dans une autre discipline peuvent être bénéfiques une fois sur les skis. Une autre possibilité que l’on a déjà mis en place est de voyager vers la France, la Belgique, l’Allemagne ou les Pays-Bas pour faire des sessions et des camps d’entraînement dans des dômes de ski.
Le ski sur tapis, sur pistes synthétiques ou dans des dômes, c’est ça l’avenir?
Je n’espère pas. Cela ne doit pas être le produit final mais des outils pour pouvoir nous entraîner sans avoir besoin de partir jusqu’au Chili ou en Argentine. Partir «chercher l’hiver en plein été» coûte beaucoup trop cher pour une structure comme la nôtre. C’est pourquoi, on se contente de ces possibilités alternatives et qu’on profite doublement lorsque la neige arrive chez nous.