Minibar sans alcool, menu sans porc : le tourisme halal serait une aubaine pour les hôtels valaisans
Tapis de prières ou menu halal : en Valais, certains hôtels font le pas pour attirer la clientèle musulmane. Phénomène controversé, voire polémique… mais des experts du tourisme y voient une véritable opportunité économique, à développer.

Spa privatisés pour les femmes et les hommes, tapis de prières dans les chambres, menu halal au restaurant et alcool banni du minibar. En Valais, des hôtels se lancent dans le tourisme halal. Sur la plateforme halalbooking.com, ces établissements, qu’on estampille « muslim-friendly », proposent différents services, en accord avec l'Islam. La plupart se trouvent dans le Haut-Valais, notamment Zermatt, mais aussi à Crans-Montana ou dans le val de Bagnes.
"Ce sont des clients prêts à payer plus cher pour se sentir bien accueillis"Marie Jacquier, étudiante en gestion touristique à la HES-SO Valais Wallis
Une belle opportunité pour le tourisme suisse
Une étudiante en tourisme de la HES valaisanne s’est penchée sur cette tendance. Et pour elle, la clientèle musulmane représente une véritable opportunité pour le marché suisse, qu’il faudrait même d’avantage pouvoir accueillir. "Ce sont des clients qui sont prêts à payer plus cher pour être soignés, bien accueillis, et avoir ces services à disposition, analyse Marie Jacquier. En Suisse, les touristes en provenance du Golfe représentent une manne de 400 millions de francs par année. Et en moyenne, un vacancier musulman est prêt à débourser 4 fois plus qu’un touriste suisse. Dans un contexte de crise économique, chaque filon est intéressant à exploiter."
"Le tourisme, c'est une affaire d'adaptation aux goûts et aux désirs du client"Ralph Lugon, collaborateur à l'Observatoire valaisan du tourisme
Marie Jacquier va d’ailleurs plus loin, affirmant que les hôtels muslim-friendly pourraient aussi attirer une clientèle non musulmane. "Pour des familles, l'absence d'alcool ou d'excès proposée par des hébergements halal peut être intéressant. Pareil pour les piscines privatisées, certains clients issus d'autres cultures ou pudiques pour une raison ou une autre pourraient apprécier cette intimité."
Le client avant la tradition
L’observatoire valaisan du tourisme le concède : la promotion de ce marché n’ira pas sans controverses et sans conflits avec les fervents défenseurs du tourisme suisse et local. Sur ces points, Ralph Lugon, collaborateur de Tourobs martèle que le tourisme ne doit pas s’embarrasser de discours politique. "Le tourisme, c'est une affaire d'adaptation aux goûts et aux désirs du client, insiste-t-il. C'est l'ouverture d'esprit qui fait le charme de la profession. D'autant que chaque hôtelier est libre de conserver sa carte de plats du terroir, mais d'y ajouter un ou deux menus halal pour contenter un maximum de monde."
Marché compromis par l'initiative antiburqa
L’accueil de touristes musulmans risque cependant de se compliquer avec la votation fédérale sur l’interdiction de se dissimuler le visage, acceptée le 7 mars dernier. "Le peuple a voté, c'est un fait, concède Marie Jacquier. Reste à savoir comment cette initiative sera appliquée dans la pratique. Des hôteliers pourraient par exemple bénéficier de dérogation pour le port de la burqa dans le périmètre de leur établissement."